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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 01:05

 

 

 

 

Luchadoras

 

 

C’est cette scène banale. C’est ce corps que l’on retrouve torturé, méconnaissable, les bras sont jetés un peu plus loin, les vautours commencent à en faire leur petit déjeuner. C’est cette lune triste qui laisse place à ce soleil vengeur qui se lève sur cette terre qui n’aime pas les femmes. C’est sur cette route ocre bordée de cactus jaunis par cet encore insupportable été que des enfants découvrent les restes de cette jeune fille de 18 ans, de ce sourire hier heureux remplacé par cette grimace de douleur insupportable. C’est ce visage tuméfié sur lequel les larmes ont séché, ces larmes qui ont supplié pour que Dieu existe vraiment.

 

Mais Dieu ainsi que la justice ont tourné le dos depuis longtemps à cette ville qui détient un triste record d’assassinats de femmes, jeunes filles ou même fillettes.

 

Il y a 17 ans déjà, dans cette ville où la poussière balaie les coupables, où l’été ressemble à l’enfer, et où l’hiver mort la peau, les premiers corps ont commencé à apparaître, atrocement violées et mutilées. Ciudad Juarez dans l’état de Chihuahua au Nord du Mexique, à la frontière des USA, est une ville où il ne fait pas bon être une femme.

 

Déjà plus de 400 femmes assassinées (sans compter les disparues).

 

Nous sommes en 2010, et l’impunité reste de mise avec la corruption dans cette zone de non droit, où transite la cocaïne principalement colombienne pour les consommateurs des USA.

 

Peggy Adam, illustratrice et auteur de bande dessinée, tombe sur un rapport d’Amnesty sur les disparues de Ciudad Juarez, elle reste atterrée et décide de créer une BD « Luchadoras » en 2006 (édité chez Atrabile). Son personnage centrale est Alma victime de la violence ordinaire machiste qui tombe amoureuse d’un touriste français Jean. L’histoire est relativement courte mais arrive à résumer de manière assez globale l’horreur de la situation des femmes à Juarez.

 

Nous sommes en 2010, Felipe Calderon le président mexicain a commencé une offensive militaire depuis deux ans contre les narco-trafiquants. Depuis 2008, la guerre faite aux cartels est sans pitié et s’est soldée par la mort de plus de 5000 personnes. Chaque jour à Ciudad Juarez, entre 8 et 15 personnes sont assassinées, pour cette dénommée guerre contre le trafic de drogues. Et ces statistiques horribles font aussi passer au second plan, la violence faite aux femmes, de ses plus de 400 cadavres féminins (encore une fois sans compter la quantité terrifiante de disparues) qui restent sans coupable.

 

Qui sont les coupables ? Qui sont les responsables de ce que la vie des femmes ne vaille rien ? Ils sont nombreux les coupables, multiples, et bénéficient de faveurs sous forme de silence tacite. On peut désigner des éléments de la police ou autres autorités, les grands noms locaux, les gangs, la violence domestique, la violence ordinaire, tous sont responsables, tous, mais aussi ces divers gouvernements qui sont complices de cette impunité depuis 1993.

 

Pourtant depuis 17 ans, les médias, le cinéma, et autres supports artistiques tel que la littérature, se sont unis pour dénoncer l’horreur. En 2005 j’avais lu un thriller sur le sujet, particulièrement bouleversant écrit par Maud Tabachnik « J’ai regardé le diable en face ». C’était en 2005 que je l’ai lu, on est en 2010, rien n’a bougé…

 

Merci à Peggy Adam pour raviver la mémoire de ses victimes oubliées, merci pour ce qu’elle appelle modestement sa petite contribution. Et aujourd'hui je voulais aussi tirer mon chapeau à Judith Torrea et à sa sacrée paire de couilles, cette journaliste indépendante qui officie à Ciudad Juarez, chaque jour au péril de sa vie pour dénoncer encore et encore l’horreur qui s’y est globalisée. Si tu parles espagnol va jeter un œil à son blog. Vraiment Judith tu as une sacrée paire de couilles. (j’arrête d’utiliser le mot couille, car sinon cher lecteur de l’ombre tu vas croire que mon corps est squatté par Jean Marie Bigard).

 

Aujourd’hui pour une fois je serai minimaliste, je ne rajouterai rien, car il n’y a rien à rajouter, je ne citerai que Woody Allen : « Si Dieu existe j’espère qu’il a une bonne excuse ».

 

 

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Published by mescontemplationsetdigressions@gmail.com - dans BD
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