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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 16:20

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Non, je ne me suis pas fait enlevée par un alien (je réserve ce privilège à des gens comme çà). (Par ailleurs si un jour je me faisais enlever par un alien, je lui chanterais tellement fort du Frédéric François ou du François Feldman, qu'il serait bien obligé de me virer de son improbable navette-ovni et de me ramener chez moi.)

 

Je sais que j'ai disparu de la circulation bloggaire. Depuis un peu plus d'un mois, j'ai du retirer 6 fois mes bottes avant des contrôles de sécurité aériens (découvrant à chaque fois avec un petit semblant de honte que j'avais ENCORE des trous dans mes collants), le peu de temps où j'ai été chez moi, soit j'ai hébergé dans mon humble demeure moults voyageurs, soit j'ai lutté contre une crève que j'ai bien cru que j'allais terminer comme Molière (cf tuberculose), en bref franchement je ne me rappelle pas trop le moment où j'ai disposé ne serait ce que d'une petite demi-heure...

 

Me voilà donc  ENFIN SEULE, assise avec une tasse de thé noir, dévorant les derniers smarties de ma progéniture (j'accuserai le chien beige), avec comme seule compagnie le bruit de la machine à laver, et je suis très contente d'avoir un petit moment de répit pour te causer de ma dernière lecture.

 

"7 mers et 13 rivières", on dirait presque le nom d'un conte, sauf qu'en fait le titre original est "Brick Lane" qui est une rue du quartier de Tower Hamlets, à l'est de Londres, zone de forte immigration asiatique, et en particulier Bangladaise. (Parfois la pertinence du choix d'un titre pour un livre étranger me laisse un peu perplexe, je ne comprends pas franchement pourquoi le traducteur et/ou la maison d'édition ont fait le choix de ce titre là, je le trouve un peu couillon et après avoir refermé les 571 pages du livre, je ne lui en saisis pas l'intérêt).

 

Résumé: l'héroïne, Nazneen, est née à Dhaka, Bangladesh, dans un état de détresse physique qui ne laissait pas espérer beaucoup quant à ses chances de survie, mais le Destin auquel l'a abandonné sa mère, a voulu être clément à son égard et lui a accordé la vie, enfin la survie. Le Destin, cette supposée vision sympathique de l'avenir, s'est par la suite un peu moins soucié de son cas puisqu'elle se retrouve mariée sans qu'on lui en ai demandé son avis à un homme, Chanu, "vieux- d'au moins 40 ans" et qui ressemble à une "grenouille". C'est ainsi qu'elle se retrouve dans la banlieue Est de Londres, ne parlant presque rien de l'anglais, en bonne épouse d'un homme pas méchant mais inefficace. En parallèle de sa vie qui continue tant bien que mal, elle entretient une relation épistolaire avec sa soeur Hasina restée à Dhaka, à exactement 8011 kilomètres d'elle ("8011 kilomètres"  aurait presque fait un meilleur titre, si je peux me permettre d'avancer, modestement, car ce livre est un livre pont entre ses deux pays). Donc la vie de Nazneen s'écoule comme un robinet qui fuit des gouttes droites et sonores, elle perd un enfant, puis naissent deux filles, et puis un jour, le retour au pays, celui qui fait tant rêver Chanu se fait effectif, elle doit faire un choix pour elle et ses deux filles désormais adolescentes...

 

L'auteur, Monica Ali est née en 1967 à Dhaka, capitale de ce qui est désormais le Bangladesh. Pendant la guerre civile qui déchire l'est et l'ouest du Pakistan, à l'âge de 3 ans elle déménage en Angleterre où elle continue de résider. Elle a commencé à écrire à 31 ans, et on peut admettre qu'elle a eu un bol monstre puisque en montrant les premiers chapitres de son premier roman (celui-ci même) elle s'est vue offrir un contrat de publication, plus incroyable encore elle s'est retrouvée en 2003 dans la prestigieuse liste de la revue littéraire anglaise Granta, comme l'un des meilleurs écrivains outre-manche de la décennie, et ce avant d'être publiée... Par la suite elle a écrit "Café Paraiso" qui a connu un succès beaucoup plus discret, puis le dernier publié en France "Dans la cuisine" qui me fait de l'oeil, enfin sort là en Angleterre, dans rien du tout, c'est à dire le 31 mars, son dernier roman "The Untold Story", qui est un livre qui projette dans la fiction si Diana ne s'était pas tuée dans le tunnel de l'Alma. A ce sujet je me permettrai de faire une légère digression: ayant été "guide touristique-taxi" à Paris, je peux vous dire que les gens étaient beaucoup plus prompts et enthousiastes à savoir où se trouvait le Pont de l'Alma rapport à la mercedes et Lady Di, que de savoir par exemple où se trouvait le Musée d'Orsay. J'en ai gardé un amour infini pour le tourisme de masse...

Bref.

 

Ce livre a soulevé une lourde polémique: beaucoup de Bangladais l'ont jugé trop caricatural, surtout les Bangladais musulmans, beaucoup ne se sont pas reconnus dans les personnages , ce n'est pas pour rien que les médias l'ont à l'époque qualifiée de la nouvelle Salman Rushdie, cette polémique s'est attisée avec le projet du film qui est finalement sorti en 2007, en France sous le nom de"Rendez-vous à Brick Lane". Je crois que ce bouquin a autant à voir avec "Les versets sataniques" que Marc Lévy avec Le Clézio, mais bon... Je ne l'ai pas trouvé désagréable, il y a des passages très drôles, d'autres franchement tristes, mais néanmoins je lui ai trouvé de l'énergie et de l'optimisme, malgré certaines longueurs.

Cependant je crois que dans la même veine en auteur anglais et de la même génération, j'ai largement préféré "Sourires de loup"  de Zadie Smith, qui traite avec plus d'ampleur, un humour plus subtil,  avec aussi plus de perspicacité du thème de la complexité du muticulturalisme en particulier à Londres, des préjugés, du racisme ordinaire,  de l'intégration, de la volonté aussi de conserver sa culture, la blessure du pays lointain, les racines en suspens... Hanif Kureishi, un autre auteur anglais, excelle aussi dans ce sujet, je te conseille en particulier "Quelque chose à te dire".

 

 

Quelque chose à te dire                                      Sourires de loup 

 

 

Voilà c'est tout je n'ai plus rien à ajouter, sinon que la première et la dernière fois que j'ai été manger à Brick Lane, j'ai cru que c'était une blague les trois morceaux de poulet anorexique tikka masala que j'avais dans l'assiette. Je n'ai pas trop le sens de l'humour en ce qui concerne le contenu de mon assiette, je suis une gourmande (Gargantua c'est le Dr Dukan à côté de moi), et donc du coup maintenant toute ma vie à chaque fois que je penserai à Brick Lane, je me demanderai où se trouvait le reste de mon poulet...

 

 

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Published by Solenn ou Amber et des fois Josiane - dans Littérature européenne
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